Dans un échange de bons procédés, on m’a demandé de donner mon point de vu d’outre-Atlantique sur la situation du baseball en France. D’abord parce que je ne suis pas du genre à toujours recevoir sans donner et parce que je ne refuse rarement une invitation à donner mon opinion, j’ai accepté de me mettre la tête sur la bûche du gars venant de loin.
Si je lis souvent que les problèmes du baseball en France découlent de la FFBS, mon opinion est toute autre. La fédération est une cible de choix et très facile à viser pour des problèmes qui me paraissent bien plus profond, voir même culturel et social. Il faut commencer à se demander ce qu’on attend du baseball et comment on a « vendu » le baseball à ses débuts pour attirer les jeunes à s’y intéresser. À t’on malencontreusement fait l’erreur de laisser les jeunes (et surtout les parents) rêver d’une carrière quelconque pour y voir le prochain Zidane du baseball? Il n’est pas rare chez-nous de voir des parents transposer leurs rêves déchus sur leurs enfants d’une carrière à la Guy Lafleur ou à la Wayne Gretzky. Le baseball ici a aussi eu sa période où sans même se demander si le jeune y avait l’intérêt et le talent on voyait un futur joueur des Expos ou des majeures dans presque chaque enfant tenant un bâton à la main. Si je parle de ça, c’est qu’il m’arrive de lire des choses invraisemblables ou la technique semble faire foi de tout et ou l’équipement et même les sous-vêtements semblent plus important encore pour être et devenir un VRAI joueur de baseball. Mais « qui » ou « quoi » peut bien laisser croire à un jeune qu’il est important d’avoir les pieds bien placés pour aller au bâton ou d’avoir le gant dernier cri le plus en vogue et le plus performant pour JOUER au baseball? Qu’on axe sur les technicalités et le bon équipement en N1 ou en Élite, c’est de mise, mais que des joueurs qui jouent de façon plus récréatives en font une question fondamentale, on est loin du plaisir de jouer au baseball. Combien de jeunes ont été écœurés au point d’abandonner à force d’entrainements, de techniques répétés, et répétés à profusion alors qu’ils ne demandaient qu’à essayer de jouer au baseball pour compétitioner, s’amuser et profiter d’un sport au moment présent? Il y a déjà là un problème si on n’arrive pas à garder les joueurs qu’on attire car avec moins de joueurs, on a moins de possibilité de compétition et par le fait même un décalage important alors qu’on doit regrouper des joueurs trop forts qui joueront forcement avec des plus faibles qui se démotiveront.
À un autre niveau, il y’a bien entendu tous les ennuis administratifs. Et là, j’ai jamais autant vu de fleurs de tapis se surélevées pour s’enfarger dedans. En cet ère de l’écologie et de l’environnement on devrait songer sauver des arbres et éliminer le plus possible le papier. Encore une fois, la technique… « Nous devrions avoir des normes pour… » qu’il m’arrive de lire parfois ou encore; « quelqu’un sait si la FFBS a les normes sur l’art de lancer en gardant l’épaule et le coude au bon endroit. » Je vous paris que Greg Maddux et Pedro Martinez n’ont jamais vu ce manuscrit de leur sainte vie.
Et arrive ensuite les fameuses statistiques des différentes compétitions d’envergure comme en Élite ou en N1 que la FFBS devraient absolument mettre à jour sur son site. Mais, c’est une fédération pas une ligue! Vous avez beau aller sur le site de la Fédération Internationale, vous n’y trouverez pas les résultats et le classement du baseball majeur, ni de la ligue Can-Am, ni du baseball pro affilié. Ce n’est pas le rôle d’une fédération. Mais là, il y a un autre problème puisque en même temps, l’Élite et la N1, sont des ligues qui découlent directement de la FFBS. Là, ça ne marche plus! L’Élite tout comme la N1, rendus à ces niveaux, on devrait avoir des ligues qui administrent elles-mêmes leur calendrier, leurs règlements et leurs affaires avec un Commissaire élu et un bureau des gouverneurs dont chaque équipe à le sien pour représenter son équipe auprès de la ligue et du Commissaire. Ça revient aussi à l’Élite de faire ses statistiques et d’avoir les informations à jour et bien entendu aux équipes elles-mêmes de fournir tout ce qu’il faut à la ligue, sinon on est dans le tiers-monde du baseball si on n’arrive pas à établir le minimum acceptable dans un sport de chiffres où l’information est primordiale. Une Ligue Nationale de Baseball Élite de France (nom suggéré.) donnerait une visibilité bien plus grande aux joueurs et au baseball que « l’Élite », niveau de baseball le plus élevé de la fédération. Il y aurait alors moyen d’en faire des stars du baseball et les jeunes pourraient s’y identifier.
Pour en revenir à la base, on doit être agressif sur le recrutement et ne pas lésiner sur les moyens et faire preuve d’imagination pour amener des jeunes à s’inscrire. Une présentation publique d’un match de Série-Mondiale, des tournées d’exhibition dans les écoles et les parcs, des affiches, faire connaître son équipe dans la communauté, peu importe. Il y a aussi de bonnes choses qui se font et on doit bâtir sur ça en oubliant les dédales administratifs qui ne font que jeter du sable dans l’engrenage et se terminent toujours par des conflits interminables et souvent injustifiés qui laissent assis sur le banc hors du débat le principal intéressé, le jeune joueur, l’enfant, l’adolescent qui n’attend qu’une chose qu’on lui fasse signe de sauter sur le terrain pour jouer!
Que ça soit aux Etats-Unis, au Japon, en Amérique latine, au Canada ou en France, le baseball n’a qu’un seul besoin pour naître. Un terrain vacant, quoi que ce soit qui fait office de buts, un bâton, des gants même désuets, une balle et des joueurs au minimum en souliers de courses et on a un match.
Dans l’état actuel des choses, le baseball français n’est définitivement pas sur la bonne voie mais sur celle d’évitement. Il faut changer toute la philosophie derrière, sortir de la mentalité du « on doit tous être peigné pareil pour ne pas déplaire au voisin » et pulvériser au maximum tout ce qui existe de comité consultatif et les autres « patente à gosses » qui ne font que ramener tout le monde à tourner en rond. Ça prend juste de la volonté pour prendre les bonnes décisions et non des comités! Il faut revoir la façon de faire et cesser de répéter que ça ne se fait pas ainsi en France « parce que », mais bien de regarder vers devant et dire « maintenant on va faire ça comme jamais ça ne s’est fait! » Il n’y a rien de plus génial que l’innovation pour décrasser une machine et devenir des avant-gardistes.
Le baseball en France a besoin d’un demain pour avoir un futur. Il faudrait alors cesser de regarder en arrière.